Et voilà comment quatre mois se terminent. Quatre mois, c'est long, c'est suffisant pour changer, pour découvrir, pour aimer, pour souffrir. Quatre mois, c'est assez pour prendre de nouvelles habitudes, pour échafauder des plans impossibles, pour rêver à se priver le cerveau d'imagination la nuit. En quatre mois, on peut en apprendre beaucoup sur soi.
Mais je me demande tout de même... A quoi bon? Tout cela était-il vraiment nécessaire? Que serais-je à présent, sans cette incroyable aventure? Comment aurais-je évolué? J'aime ce que j'ai découvert. C'était passionnant, et j'ai vécu intensément. Pas autant que je l'aurais voulu, mais toute expérience est bonne à prendre. De toute manière, rien n'est terminé; il faut juste réordonner les choses, leur rendre leur place exacte. Descendre un rien du piedestal de l'idéalisme, tout en le gardant à portée de main; car sans désirs irréalisables, la vie devient incroyablement morne. Il faut du changement, encore, comme si tous les autres n'étaient pas suffisants; recommencer, repartir de zéro, réapprendre, encore. Avoir le courage de recommencer à souffrir, peut-être...
Le destin existe-t-il? Ou la providence? Tout est-il pour le mieux pour chacun, ou pour certains? Si destin il y a, est-il lié à la morale? Est-ce que plus tard, je comprendrai pourquoi? Quel but y a-t-il à tout ça? Certes, je suis différente... Dans l'ensemble, cette expérience était positive, et le restera. Bizarre, aussi. Tant de choses sont étranges. Les coïncidence... Elles semblent naturelles, elles nous entourent de partout, mais si nous prenions la peine de les observer, nous serions épousouflés.
Donc, tout est-il pour le mieux? Il est rassurant de le penser...
Quel besoin idiot, n'empêche. Le besoin de se faire mal, de passer par le pire pour parvenir au mieux. Le principe du châtiment nécessaire... Insensé. Une invention masochiste.
Je devrais écrire, travailler, jouer. Trouver encore et toujours au fond de moi les ressorts pour rebondir. A quoi bon? Je ne sais, mais je le ferai... Quelles seraient mes autres opportunités? Puis j'en ai envie...
Tout va bien, tant que je ne pense pas au temps. 18 ans, déjà. 18 ans, c'est si jeune... C'est même avant la jeunesse. Le meilleur devant soi. Ses 20 ans à venir; les grandes amitiés, les grands amours, que de bonheur à vivre... Et à souffrir. Et tout cela pour quoi? Pour vieillir, et regretter, après coup. Pour juger, à l'aune de la vie des autres, si on a eu raison, si on a eu de la chance... Pour chercher on ne sait quoi; une vérité, un but, une raison à cette agitation effrénée. Souffrance éternelle. Bienfaisante souffrance?
J'ai si peur, quand je pense aux ans qui passent. Cette angoisse est existentielle, la plus effrayante et la plus incompréhensible de toutes. Et plus j'ai peur, plus je vis, je m'agite en tous sens, pour rien. Pour des rencontres, des espoirs, des tentatives de se sauver du gouffre où l'on plonge irrémédiablement. Je tente stupidement de me créer un petit bagage de souvenirs, d'expériences diverses; de quoi être fière? Pour rien, pour moins que rien... Un tourbillon qui nous emporte.